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Mardi 19 janvier 2021

PARTIE III/III

Aj : Tu t’es demandé pourquoi Léo Tamaki a quitté la FFAB ?

JM : Je voudrais d’abord parler des conséquences de la disparition d’un leader en général et évoquer aussi d’autres organisation que celle de Léo Tamaki. Quand une figure aussi marquante que Maître Tamura disparaît, il y a forcément des personnes dont la mission est de faire perdurer l’organisme dans lequel ils ont été formés grâce à cette personne. Parallèlement, d’autres pensent que ceux qui restent ne transmettent pas le message comme ils l’entendraient et ils préfèrent suivre leur propre chemin. Il en va de la sorte dans le système japonais lorsque l’on suit le principe de Shu Ha Ri, en allant du copiage du maître jusqu’à l’indépendance loin de celui-ci. Donc, à la mort de Maître Tamura, il y a eu plusieurs personnalités qui, bien que faisant partie de ses anciens élèves, ont quitté la FFAB. Parmi elles, certaines avaient pu jouer des rôles cruciaux dans le cadre fédéral. Cependant, contrairement à ce qui a pu être dit, ils ne sont pas forcément partis pour fonder d’autres « fédérations » en tant que telles… Dans tous les cas, ni Stéphane Benedetti, ni Tiki Shewan, ni René VDB n’avaient comme vocation d’en fonder une, d’une part parce que Mutokukai Europe existait depuis longtemps et d’autre part parce qu’il me semble que ce qu’ils cherchaient, c’était la possibilité de s’exprimer dans un contexte qui leur convenait. C’était Stéphane qui avait fondé Mutokukaï comme une amicale bien avant la disparition de Maître Tamura (les statuts avaient été déposés en janvier 2001) et ce n’avait pas été pour « contrer » ou concurrencer la FFAB. Cet organisme regroupe des amis qui veulent travailler dans la même direction et diffuser leur vision de l’Aïkido. Il n’y a là-dedans ni agression ni concurrence. J’ai moi-même vécu cette période de l’intérieur, et je peux en conscience affirmer que l’esprit de rivalité avec une quelconque fédération était loin d’être à l’ordre du jour. D’ailleurs l’organisation même de Mutokukai, n’a pas grand-chose à voir avec une organisation à la française, car il s’agit plutôt d’un système international. Stéphane qui vit en Espagne travaille beaucoup avec les pays de l’Est de l’Europe, Tiki quant à lui va des Etats-Unis à l’Europe, les autres enseignants de Mutokukaï enseignent un peu partout. Il est normal pour un enfant devenu adulte de quitter la maison de son enfance…

N’ont suivi le mouvement que les personnes intéressées, personne n’a été contraint que je sache…

Nébi Vural a lui aussi pris de la distance avec la FFAB en développant Eurasia, organisation qui avait également été également créée du vivant de Maître Tamura et avec son soutien, au début des années 2000. Il en est allé de même pour Jaff Raji avec l’Ecole de Budo Raji… Cela s’est passé quasiment de la même manière pour Léo Tamaki, même s’il avait moins d’ancienneté que les précédents.

Léo ne manque pas d’atouts… En premier lieu ses origines japonaises, qu’il tient de son père, et qui l’ont imprégné depuis l’enfance de cette intuition du monde Nippon… Et puis, comme il a aussi été élevé en France et qu’il connaît également fort bien notre système, il représente un très bon intermédiaire entre deux univers. Il s’est construit une vraie culture quant à l’histoire du Budo et est allé chercher au-delà des apparences, derrière les histoires toutes prêtes, que l’on pouvait parfois à raconter, il a cherché à discerner les autres « vérités » derrière la façade.

Il avait été formé par Maître Tamura et il y avait une véritable proximité entre lui et celui qu’il considère toujours comme son maître. Cependant, lorsqu’il est parti vivre au Japon, il s’est également plongé dans le monde d’autres Budo, ceux qui existent à proximité du monde de l’aïkido et, afin de mettre en perspective sa propre pratique, il a fréquenté les maîtres de ces écoles. Ce n’est que deux ans après la mort de Maître Tamura qu’il a décidé de s’éloigner de la FFAB pour effectuer sa propre recherche, sans précipiter les choses. Je pense qu’il ne s’y retrouvait plus. Et comme il était dynamique, travailleur et qu’il avait du charisme, plusieurs jeunes pratiquants qui travaillaient dans la mouvance de la FFAB se sont rapprochés de lui et ils ont fondé le groupe « Kishinkaï ». On y propose des exercices et des approches techniques qui me rappellent un peu l’atmosphère de l’époque où nous avions créé et développé la FFLAB, dans les années 80. Je trouve vivifiant pour l’aïkido de voir vivre des groupes de jeunes pratiquants comme celui-là et il me semble un peu contre-productif de les rejeter car je crois qu’il vaudrait mieux laisser les portes ouvertes avec bienveillance…

Qui sait si ce que propose le Kishinkaï n’est pas une partie de la solution pour attirer de jeunes adhérents et continuer à voir du sang neuf couler dans les veines de l’aïkido français ? Je suis moi-même membre fondateur de la FFLAB (devenue FFAB en 1985) et c’était ce genre d’état d’esprit qui nous poussait, c’est ce que nous cherchions à développer. Il est possible d’apprécier des personnes différentes alors même que certaines d’entre elles ne s’entendent pas par ailleurs.

Il est de notoriété publique que Léo Tamaki organise des stages avec différents experts dans le monde du Budo et c’est grâce à lui que plusieurs cadres de la FFAB ont pu suivre, entre autres, des stages dirigés par Maître Kuroda. Personnellement, c’est grâce à de telles invitations que j’ai eu le plaisir de reprendre contact avec Maître Hiroo Mochizuki que je n’avais pas eu l’occasion de recroiser depuis la fin des années 70. On oublie trop souvent d’ailleurs que ce dernier a été élève de Maître Ueshiba à Iwama et que, outre son 10e dan de karaté, il est aussi détenteur d’un 8e dan en Aïkido… C’est quelqu’un qui, au-delà de sa simplicité et de sa modestie, continue à rappeler régulièrement l’importance de la faculté d’adaptation et de l’ouverture d’esprit nécessaire au Budoka.

Je rêve peut-être mais j’aimerais voir le jour où une (con)fédération prendra naissance. Elle devra certainement être composée de plusieurs sous-groupes, comme cela fonctionne avec la fédération de karaté, même si les choses ne sont pas toujours simples là non plus. Je pense que cela serait probablement la meilleure solution pour la pérennité de l’aïkido.

AJ : Mais à la FFAB, il n’y a pas beaucoup de professionnels.

JM : Oui et c’est un élément important à prendre en compte. A la FFAB, quasiment personne ne dépend exclusivement financièrement de l’Aïkido, tout comme au Japon d’ailleurs où les vrais professionnels vivant strictement grâce à leur pratique des arts martiaux ne sont pas légion. Ce qui a provoqué les départs de certains en 2010 et après a été dommageable pour la fédération et c’est affligeant, je pense que les choses auraient pu être gérées dans un esprit d’association globale plutôt que de conflits, mais l’histoire s’est écrite différemment et, finalement, certaines personnes ont préféré prendre des distances avec un système qui ne leur convenait plus. C’est certainement regrettable mais elles l’ont fait en leur âme et conscience.

Donc maintenant il vaudrait mieux penser à ce qui nous rassemble plutôt qu’à ce qui nous divise. Globalement, en France, avec la FFAAA mais aussi en reprenant contact avec tous les groupements qui existent, nous serions plus visibles en nous associant. Comme je l’ai déjà dit, nous pourrions constituer une large communauté de « styles » différents sous le même chapeau fédéral et celle-ci serait ainsi plus tangible pour le public. Mais bon, croisons les doigts et attendons de voir si cela se produit.

AJ : Il y a une chose que je trouve drôle. Si je viens dans un Dojo de la FFAB (inaudible) c’est toujours… la FFAAA c’est toujours l’inverse. « Ah l’Aikido journal… » ????

JM : Au niveau de la FFAB, la situation est en fait assez paradoxale. Le positionnement de la FFAB en tant qu’institution peut paraître fermé alors que, à titre individuel, ses cadres ne sont majoritairement pas complètement enfermés dans leur pratique et sont plutôt bienveillants.

C’est assez compliqué à comprendre car Maître Tamura était ouvert et, en son temps, il était lui-même allé un peu à droite à gauche, regardant et réfléchissant beaucoup à ce qui se passait « ailleurs » et il a toujours continué à s’interroger sur sa pratique… Ainsi Stéphane Benedetti raconte qu’il a passé des heures avec lui à visionner des vidéos de Maître Ueshiba et à faire des arrêts sur image en disant « là, tu as vu, le pied, la main, etc. » il a lui-même continué sa recherche toute sa vie et n’a pas figé les choses. Il a pratiqué l’aïkido d’O’Senseï dans sa forme – on disait à l’Aïkikaï qu’il était la « copie conforme » du fondateur – mais encore plus dans son essence, peut-être parce qu’il était morphologiquement différent de Moriheï Ueshiba et qu’il n’avait pas non plus un gabarit comme Maître Saito ou Maître Yamada. C’est sûrement cette particularité qui l’a poussé à constamment affiner sa technique, même s’il était un véritable athlète de haut niveau quand il est arrivé du Japon.

AJ : Tu veux rajouter quelque chose ?

Jm : Rires … Je ne sais pas. Je me rappelle vaguement ce que je t’avais dit il y a 14 années quand tu étais venu dans mon dojo d’Asnières sur Seine. Tu vois ce qui est étonnant c’est que j’ai toujours un profond plaisir à enseigner, et même à travailler. Et quand je suis en stage ou en club, je ne sais d’où cela vient mais le moteur extraordinaire que l’aïkido a représenté dans mon existence même si par ailleurs, cela m’a pris beaucoup de temps et n’a pas toujours été que du positif dans le reste de ma vie, c’est toujours un plaisir profond, jubilatoire en fait, de pratiquer, d’enseigner. Je trouve la richesse de l’aïkido sans fin, ce n’est pas du tout frustrant, mais au fur et à mesure que cela avance, j’ai l’impression que c’est de plus en plus profond et en même de temps de plus en plus simple et de de plus en plus riche. A part, peut-être, dans les arts, je doute qu’il y ait une autre activité qui permette cela, cet approfondissement dans la simplicité. Je vis donc ce côté artistique au travers de l’aïkido, et ce n’est que du bonheur.

Aj : Est-ce qu’il y a un héritier ?

JM : Mon fils Germain, bien sûr. Il y est venu de lui-même, je n’ai jamais voulu contraindre mes enfants à vivre mes passions. Il fait son chemin, sa propre recherche. Je suis persuadé que c’est comme cela que l’on grandit le mieux, en liberté. Quand il a commencé à pratiquer dans mon dojo à Asnières, j’ai veillé à mettre à sa portée les outils les plus adaptés possible comme je le fais pour tous les élèves du club. Et puis je l’ai laissé libre de se forger une opinion sur les gens qu’il pense intéressants en allant étudier à droite, à gauche…

Aj : il est toujours à la FFAB ?

JM : Oui, pour des raisons pratiques (organisations de stages, etc.) et par affinité de cœur, par « filiation », il a toujours une licence dans mon club mais travaille avec Léo Tamaki dans le système Kishinkaï. Nous sommes très proches et nos échanges nous permettent de nous rendre compte de notre proximité de pensée. Bien sûr, il y a des aspects auxquels il va plus s’intéresser, vers lesquels il va spontanément s’orienter et que je verrais d’une autre manière mais lorsque nous nous retrouvons, c’est vraiment un plaisir partagé. Le fond est le même et maintenant je peux même dire que nous apprenons l’un de l’autre. C’est pourquoi je disais que Léo Tamaki – avec qui il s’entraîne maintenant comme je viens de le dire – a été profondément marqué par le travail de Maître Tamura car cela ressort dans le travail de Germain. Je trouve que nous ne sommes pas véritablement éloignés l’un de l’autre même si dans la forme, nos approches peuvent à l’occasion différer.

Tamura Senseï et Jean-Marc Chamot, Paris 2008

Donc on ne fait apparemment pas exactement le même aïkido avec mon fils mais, en grande partie nos recherches sont similaires : le relâchement, la ténacité, la présence, l’intensité. Il y a comme une communion de la pratique. C’est donc un plaisir subtil, je suis conscient de la chance que j’ai car je sais que peu de personnes peuvent se passionner pour la même chose que leurs enfants, surtout dans nos domaines. C’est compliqué d’avoir un père qui est devenu quelque part un expert et une figure et d’arriver à trouver sa place malgré tout. J’en connais quelques-uns dont le chemin n’a pas franchement été facile ni linéaire. Quelques fois, je suis impressionné et je me dis « il fait cela beaucoup mieux que moi ». J’ai la chance d’avoir un fils qui travaille beaucoup son corps, à la fois dans la souplesse et dans le renforcement. Souplement et intelligemment. Et certaines des choses que je faisais par le passé pour lesquelles la présence d’amis m’était nécessaire, il est quant à lui capable de les travailler seul. Il possède une force de caractère, et une présence humaine qui m’impressionnent et, en même temps, il a ses interrogations sur lesquelles il réfléchit. Il a une volonté de travail qui est, je pense, assez exceptionnelle, corporellement, intellectuellement et dans son approche technique. Ce n’est, là aussi, que du bonheur… et de la fierté pour lui.

Ce qui est compliqué pour lui c’est qu’il voudrait vivre de notre art. Et vivre en tant que professionnel de l’aïkido, c’est compliqué. Il a de grosses capacités, il a fait des études de haut vol en tant qu’ingénieur, donc il maîtrise des outils professionnels pour faire d’autres choses. Régulièrement il s’est néanmoins vu dans l’obligation de prendre un travail à côté de l’Aïkido pour pouvoir continuer à pratiquer et à enseigner sans inquiétudes financières. C’est sa vie, il a les outils qu’il faut, et pour l’instant il apprécie ce qu’il fait. C’est le plus important. Ce n’est pas donné à tout le monde et c’est loin d’être simple de vivre de nos disciplines. Il a par ailleurs suivi une formation complète en shiatsu il y a quelques années. Il utilise aussi ces compétences car c’est très utile pour l’aïkido même si cela ne fait pas partie du même système. Être professionnel en aïkido, ce n’est pas évident. Et j’en connais plusieurs qui ont essayé et ont dû revenir en arrière car ils ne parvenaient pas vraiment à joindre les deux bouts.

Aj : Oui beaucoup

JM : Il y a plus de professionnels à la FFAAA qu’à la FFAB. De ce que j’en sais, ils se déplacent fréquemment, voyagent à l’étranger et ne sont donc pas beaucoup présents chez eux. Si l’on accepte d’avoir cette vie de « Ronin » et d’être en déplacement tout le temps, c’est tout bon, mais sinon ce n’est pas évident.

Aj : Quel âge as-tu maintenant ?

JM : Je vais avoir 64 ans dans quelques semaines mais j’ai décidé à soixante ans de remonter le temps et de rajeunir chaque année…

Aj : Gracias a la vida alors… rires … dans le cours, tu parlais de Daïto Ryu. Tu dis que tu avais rédigé des articles pour ton fils. As-tu déjà écrit des articles sur le Daïto Ryu et l’Aïkido ?

JM : Non en fait, je n’aurais pas cette prétention-là.

Par rapport au Daïto Ryu, il faut savoir que j’ai eu un accident de voiture en 2011 et que je me suis alors retrouvé avec une vertèbre fracturée. Et donc pendant quelques semaines, j’ai été immobilisé et j’en ai profité pour remettre à plat des documents que j’avais en ma possession depuis des années sans jamais avoir pris le temps de les étudier en profondeur. Grâce à Stanley Pranin, j’ai également pu me procurer des films qui présentaient ce qui était visible sur le Daïto ryu. De ce que j’en ai retenu, c’est qu’il y a actuellement quatre branches principales en ligne directe qui veillent à pérenniser l’enseignement de Sokaku Takeda ainsi que quelques groupes secondaires.

Par ailleurs, par le passé, j’ai eu la chance d’avoir d’excellentes relations avec le regretté Gérard Clérin, et j’ai conservé de forts liens d’amitié avec son fils Emmanuel qui est actuellement le représentant en France de la branche familiale du Daïto Ryu. Il est à l’origine de la fondation de la FDRDA (Fédération de Daito Ryu et Disciplines Associées) depuis un peu plus d’un an maintenant. Emmanuel m’a proposé d’assister à leurs stages et je ne me suis pas fait prier. Cela m’a permis de me forger une idée plus précise de la discipline et de sa richesse et je comprends très bien l’intérêt de sa pratique.

Pendant le cours auquel tu as assisté, j’ai évoqué le fait que Daïto Ryu et Aïkido présentaient des similitudes mais aussi des différences…

D’abord, le premier point notable de différentiation est qu’en Daïto Ryu, la contrainte articulaire exercée par Tori est clairement marquée alors qu’en Aïkido – selon moi du moins – tout le travail de Tori consiste à amener Uké à s’appliquer une sorte d’« auto contrainte » essentiellement via une gestion fine des déséquilibres… Cela peut sembler un peu compliqué intellectuellement voire psychologiquement, mais c’est une méthodologie qui fonctionne et que j’emploie depuis plusieurs années. J’ai cessé de travailler comme dans les années 70 (heureusement !), où il fallait être très dominateur et imposer sa technique à Uké. Je veille à amener celui-ci à faire ce que je désire mais à son insu. Ce processus présente aussi l’avantage de diminuer grandement le risque de provoquer un contre…

Ensuite, j’évoquerai le rythme qui est propre à l’aïkido et reste un élément fort de différenciation avec le Daïto Ryu car il est largement lié à la typologie des chutes. On ne peut pas vraiment chuter en Daïto Ryu parce que les contraintes exercées sur le corps d’Uké visent à invalider toute manœuvre d’évitement, on ne peut donc pas faire autrement que « tomber ». A contrario, en aïkido, la chute autorise le corps d’Uké à se « libérer » pour qu’il puisse rapidement se relever et effectuer d’autres attaques.

C’est dans ces deux aspects que réside, je pense, la principale marge entre Daïto Ryu et Aïkido.

Pour le reste, globalement, comme presque 90 % des techniques que nous employons en aïkido proviennent du Daïto Ryu, les 10% restants, celles qui diffèrent sont à repérer dans des éléments relativement discrets. Ainsi, les postures de départ qui induisent des débuts d’activité sont un peu différentes car le Daïto Ryu a conservé une position en face-à-face qui est issue de certaines attitudes des gardes du corps en ambassade. De son côté, l’aïkido en est venu à employer très généralement une position en Sankaku, le corps étant de trois quarts (sauf lors des exercices de Kokyu Ho). Pour le reste de nos techniques, hormis certaines modifications de forme qui sont évidentes, on peut remarquer qu’une assez grande quantité de noms a été modifiée et que les classifications sont généralement différentes. En tout état de cause, avec un peu de recul, un pratiquant d’Aïkido un peu clairvoyant peut sans trop de difficultés repérer la filiation des procédures employées.

Par ailleurs il y a dans le Daïto Ryu un côté assez carré, très organisé par rapport à la fluidité de l’aïkido. De même je trouve que l’enseignement du Daïto Ryu est très « constant » alors que celui de l’aïkido laisse une sorte de liberté exploratrice qui peut « perdre » le débutant. Lorsque l’on commence à apprendre l’aïkido avec d’autres débutants, ce n’est pas forcément rassurant ni formateur d’être trop « libre » lorsque vos partenaires n’ont pas une culture combative suffisante pour vous guider et sont souvent plutôt des gênes que des aides. A contrario, l’enseignement du Daïto Ryu étant extrêmement codifié – cependant sans être aussi figé que l’on pourrait le penser – et très classifié, c’est beaucoup plus rassurant pour l’apprenant car les points clés à respecter dans les Kihons sont clairement formulés.

Comme je l’ai dit en préambule, je ne me permettrais certainement pas d’écrire un article sur le Daïto Ryu car mes connaissances en sont encore rudimentaires. Par contre, j’ai été ravi de donner l’opportunité à Emmanuel d’entrer en relation avec Germain qui est rédacteur en chef de Dragon Magazine Spécial Aïkido. Emmanuel a ainsi pu proposer des articles sur le Daïto Ryu pour mettre ses pratiques en perspective dans deux numéros du magazine.

Emmanuel Clérin est à l’évidence nettement mieux placé que moi pour parler du Daïto Ryu. Je suis peut-être à même de parler d’aïkido mais, même si je connais maintenant un peu les bases du Daïto Ryu, mes connaissances sont encore bien trop relatives pour que je m’autorise à faire autre chose que de les mettre en perspective par rapport à l’aïkido lors d’un cours. Il faudra sans doute que je fréquente cette discipline pendant quelques années encore avant d’espérer en maîtriser suffisamment la pratique pour en parler vraiment sérieusement… !!!

Entretien effectué par Horst Schwickerath pour www.aikidojournal.fr N° 72,73 & 74FR