Image d'illustration de l'article lecture post-it le système politique japonais en 10 160
Dimanche 25 avril 2021

Préambule

La commission culture de l’Aïkido Club d’Asnières vous propose de découvrir les principales caractéristiques du système politique japonais et les principaux jalons historiques du système actuel.

Nous donnons ici des informations objectives sur l’organisation légale en vigueur et son fonctionnement.
Nous ne pouvons pas donner d’éclairages sur les orientations politiques et les débats d’idées animant la vie politique japonaise.
En effet, nous n’avons pas accès aux sources en japonais, et ne pourrions risquer des comparaisons erronées avec l’acception française de certains courants de pensée politique.

À ce titre, les noms des partis sont donnés autant que possible en japonais et dans les traductions françaises couramment utilisées dans la presse et les encyclopédies.

1 – Quel est le régime politique en vigueur au Japon ?

Le Japon est une monarchie constitutionnelle depuis 1947.

Les États-Unis imposent la constitution de 1947 pour remplacer la constitution Meiji de 1889.
Toujours en vigueur, cette constitution s’inspire du modèle britannique et instaure un régime parlementaire, dans lequel l’institution impériale est « le symbole de l’État et de l’unité du peuple .»

À savoir : le Japon dispose de sa pleine souveraineté depuis 1952.

En effet, après la reddition du 2 Septembre 1945, le Japon est placé sous l’autorité du commandement des forces Alliées, Supreme Commander for the Allied Powers (SCAP).
De facto, l’organisme est entre les mains du Général McArthur et l’occupation du Japon, à l’inverse de l’occupation de l’Allemagne, est exclusivement américaine.
Le Japon ne recouvre sa souveraineté pleine et entière qu’en 1952, après la dissolution du SCAP.

2 – Qui est l’Empereur et quel est son rôle ?

L’Empereur Naruhito est le 126e Empereur du Japon, depuis le 1er Mai 2019, suite à l’abdication de son père, l’Empereur Akihito.
L’intronisation de l’Empereur Naruhito a eu lieu en Octobre 2019.

L’article 1 de la Constitution stipule que « L’Empereur est le symbole de l’État et de l’unité du peuple ; il doit ses fonctions à la volonté du peuple, en qui réside le pouvoir souverain. »
Et l’article 3 : « Tous les actes de l’Empereur, accomplis en matière de représentation de l’État, requièrent l’avis et l’approbation du cabinet, qui en est responsable. »
Le texte complet est consultable ici : [Constitution du Japon] (tout le premier chapitre est dédié à l’Empereur, puis le texte enchaîne sur l’article 9, qui est très débattu aujourd’hui).

L’Empereur nomme le Premier Ministre désigné par la Diète et le Président de la Cour Suprême désigné par le Cabinet.

3 – Qui est le Premier Ministre Japonais et comment est-il choisi ?

Le Premier Ministre est Yoshihide SUGA, depuis le 16 Septembre 2020.
Il succède à Shinzo ABE, à la fois à la tête du Parti Libéral Démocrate, et au poste de Premier Ministre.

Au Japon, le Premier Ministre est désigné par la Diète en son sein. Il est ensuite nommé par l’Empereur.
Le Premier Ministre nomme les membres de son Cabinet. Plus de la moitié des membres doivent être issus des rangs de la Diète.
Le gouvernement est responsable devant la Diète, qui peut le renverser.

4 – Comment s’organise la séparation des pouvoirs au Japon ?

Rôle des Chambres :

Leur rôle est assez similaire au rôle de notre Parlement.
Le Gouvernement et la Diète peuvent tous deux proposer des lois, mais seul le Cabinet peut présenter la loi de finance nationale ou un traité.

La Diète a notamment les pouvoirs suivants :

  • vote des lois
  • décisions à propos du budget et des finances nationales
  • approbation et conclusion des traités internationaux
  • désignation du Premier Ministre
  • proposition des amendements de la Constitution

En cas de conflit entre les deux chambres, le système japonais reconnaît la préséance à la Chambre des Représentants dans certaines conditions.

Autrement, une loi est examinée d’abord par la Chambre des Représentants. Si elle est acceptée, elle peut être communiquée avec amendements, à la Chambre des Conseillers.
Si la Chambre des Conseillers vote la loi, elle est communiquée pour promulgation à l’Empereur par l’intermédiaire du Cabinet.
Si la loi n’est pas votée telle quelle, si elle est amendée ou rejetée, elle est renvoyée à la Chambre des Conseillers et de nouveau soumise au vote de cette Chambre, sachant que des Comités réunissant les membres des deux chambres sont réunis pour travailler sur la loi si celle-ci n’obtient pas la majorité des 2/3 lorsqu’elle est revotée par la chambre des Représentants.

5 – Quelles sont les principales caractéristiques du système juridique japonais ?

À l’époque de l’ère Meiji, le système judiciaire avait déjà été réorganisé et s’inspirait notamment du droit français.

En 1947, le système fut réformé sous l’influence américaine.
La Cour Suprême du Japon – Saiko Saibansho – est juge suprême sur toutes les questions de droit et assure l’interprétation uniforme de la loi, des ordonnances et de la Constitution.
La Cour Suprême a compétence pour se prononcer sur la constitutionnalité de toute loi, décret, règlement ou acte officiel.
La Cour est compétente sur les affaires de toutes natures : civiles, pénales, administratives ou familiales.

Pour compléter le graphique ci-dessus à propos de la nomination des juges, il faut savoir qu’en sus de la nomination des juges par le Cabinet et du Président de la Cour par l’Empereur sur désignation du Cabinet, les Japonais ratifient la composition de la Cour Suprême aux élections générales suivant leur nomination, puis tous les dix ans.

La peine de mort est toujours en vigueur au Japon, la dernière sentence de cette nature ayant été prononcée le 15 décembre 2019 à l’encontre d’un tueur en série.

6 – Quel est le mode de suffrage et quel est l’âge de la majorité légale ?

Le suffrage est universel et total (hommes et femmes) depuis 1947.
L’âge de la majorité légale (électorale) est à 18 ans mais à 20 ans pour le passage traditionnel à l’âge adulte – événement qui donne lieu à des cérémonies et à un jour férié en janvier (Seijin no hi)

7 – Quels sont les principaux partis politiques Japonais ?

Nous ne citons ici que les grandes lignes de la vie politique japonaise, la liste n’est pas exhaustive.

Parti Libéral Démocrate – Jiyū Minshutō :

C’est le parti qui domine la vie politique japonaise depuis sa formation en 1955.
Il est issu du rassemblement des mouvements conservateurs, libéraux et démocrates d’après-guerre.

Le PLD est majoritaire sans interruption jusqu’en 1993, date à laquelle une coalition anti-PLD suffisamment importante à la Diète désigne un Premier Ministre issu d’un autre parti.
Toutefois, dès 1994, le PLD redevient un acteur majoritaire de la coalition gouvernementale et en 1996, le Président du PLD est de nouveau désigné Premier Ministre.
Le PLD perd également la majorité de 2009 à 2012, laissant place à un gouvernement dirigé par plusieurs Premiers Ministres issus des rangs du Parti Démocrate (Nihon Minshuto). Mais, fragilisés successivement par plusieurs scandales, puis par la gestion de la crise de Fukushima, les Démocrates perdent les élections en 2012. Shinzo Abe devient Premier Ministre et le reste jusqu’en 2020.

Le PLD est divisé en factions internes, à l’origine de plusieurs changements de gouvernements.
Le PLD domine la vie politique par l’intermédiaire de coalitions avec d’autres partis, notamment le Kōmeitō (Parti Pour un Gouvernement Propre).

Parti Pour un Gouvernement Intègre – Kōmeitō :

Le Kōmeitō – « Parti de la lumière et de l’équité » ou « Parti désintéressé et sincère » – est l’expression politique d’une secte Bouddhiste, la Soka Gakkai et fait son entrée sur la scène politique en 1964.

Depuis, le parti a rompu tout lien formel avec l’organisation religieuse.

En 1998, le Kōmeitō devient le « Nouveau Kōmeitō » en fusionnant avec le Nouveau Parti pour la Paix.
Depuis les années 2000, le Kōmeitō est partie constituante de coalitions avec le PLD, assurant à ce dernier la majorité à la Diète.

Parti Social Démocrate – Nihon Shakaito :

Le Parti Social Démocrate fut longtemps le principal parti d’opposition, formé après la guerre et issu des partis socialistes japonais des années 20.
En 1993, il intègre la coalition de partis mettant en déroute le PLD aux élections.
Toutefois, il quitte cette coalition en 1994 pour s’allier au PLD.

Le nouveau gouvernement de 1994, bien que dirigé par le Premier Ministre Socialiste Maruyama, retombe de fait sous la dépendance du PLD.
Depuis 1996, le Parti Social Démocrate subit de fortes pertes électorales.

Le Parti Démocrate – Nihon Minshuto et son évolution :

Les évolutions récentes de la politique japonaise nous amènent à traiter ce parti un peu différemment.
En effet, les partis japonais ne se contentent pas de s’allier en coalitions, ils fusionnent, se dissolvent et changent de nom.
C’est particulièrement vrai pour le Parti Démocrate, dont l’évolution permet de mieux comprendre la structure de l’opposition actuelle, sachant que des changements sont en cours.
C’est pourquoi sous ce paragraphe, il sera question à la fois du Parti Démocrate et des partis avec lesquels il a pu fusionner.

Le Parti Démocrate fut fondé en 1996 en réponse à l’échec de la coalition anti-PLD.
En 1998 puis en 2003, le Parti fusionne avec d’autres, notamment le Parti Libéral, et accroît son poids à la Diète lors des élections.

Lors des élections de 2009, le Parti Démocrate remporte très largement les élections et désigne Yukio Hatoyama comme Premier Ministre.
Toutefois, trois Premiers Ministres Démocrates se succèdent entre 2009 et 2012, fragilisés par les scandales et par la gestion de la crise de Fukushima.
En 2012, le Parti s’amenuise suite au départ du fondateur du Parti Libéral et d’autres membres insatisfaits, et perd les élections.

Suite à plusieurs revers électoraux, le Parti Démocrate est dissous en 2017, et les dirigeants du Parti intiment à leurs membres de rejoindre le Parti de l’Espoir – Kibō no Tō , fondé par la Gouverneure de Tokyo, Yoriko Koike.
Les Démocrates qui ne rejoignent pas le Kibō no Tō fondent en Octobre 2017 le CDP (Constitutional Democratic Party).
En Mai 2018 se créé le Democrat Party for the People (DPP) : il rassemble les membres du Parti Démocrate restants, le Kibō no Tō et le Parti Libéral.

En Août 2020, le DPP devait être dissous pour que ses membres puissent rejoindre le CDP, et donner ainsi naissance à un grand parti d’opposition au PLD.

Note : l’article référence date d’août 2020. Nous n’avons pas trouvé d’autre article en anglais ou en français confirmant la fusion des partis.
Dans un article du Japan Times de 2021 – voir la bibliographie – les deux partis, CDP et DPP semblent encore constituer deux entités séparées.

Le Parti Communiste Japonais – Nihon Kyōsantō :

Le Parti Communiste Japonais est fondé en 1922.
Déclaré illégal, il opère clandestinement jusqu’en 1945, date à laquelle obtient droit de cité dans la vie politique japonaise.
Depuis lors, le Parti n’a cessé d’être dans l’opposition et dispose d’une certaine influence malgré peu de sièges à la Diète.
Il diffuse son propre journal à l’échelle nationale.

9 – Quelle est la place de la religion dans le système politique japonais ?

Il n’existe pas de religion d’État au Japon. En effet, le shintoïsme d’État fut dissous en 1945.
La liberté religieuse est garantie par la constitution.
Toutefois, le shintoïsme reste la religion majoritaire au Japon et présente dans les rituels liés à l’institution impériale, comme celui de l’intronisation de l’Empereur.

10 – Quel est l’hymne national Japonais ?

L’hymne national est le Kimigayo (Le règne de l’Empereur).
Il est l’hymne national depuis 1883 mais ne fut officialisé comme tel qu’en 1999, tout comme le drapeau japonais.

11 – Question bonus : Quel est le drapeau japonais ?

Nous pouvons tous reconnaître le drapeau japonais, mais pouvons-nous le nommer ?

Il s’agit du Hinomaru, « disque du soleil », « large disque vermillon au centre d’un champ blanc ».
Il est utilisé depuis 1854, ce qui coïncide avec le développement des échanges marchands et des pavillons des marines marchandes.
Il fut adopté en 1870 puis entériné en 1999, officiellement sous le nom Nisshōki, littéralement « étendard japonais ».

Attention !

Il existe une autre version du drapeau japonais qui, à l’approche des Jeux Olympiques, fait polémique.
Il s’agit du même drapeau, mais sur lequel apparaissent 16 rayons rouges émanant du disque.
Les deux drapeaux furent largement utilisés au XIXe siècle. Toutefois, le drapeau aux rayons devint l’emblème de l’armée et de la flotte.
Selon certains pays, et notamment la Corée du Sud, ce dernier drapeau serait associé aux ambitions expansionnistes du Japon au XIXe siècle, à l’occupation japonaise de divers pays d’Asie depuis l’entre-deux guerres et aux exactions commises durant cette occupation.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

RESSOURCES DOCUMENTAIRES
HISTOIRE DU XXe SIÈCLE, Tomes 1, 2, 3 Serge BERNSTEIN, Pierre MILZA Éd. Hatier.

Encyclopædia Britannica
Japan Political parties
Democratic Party of Japan
Social Democratic Party of Japan
Japanese Communist Party

Persée
La Cour Suprême du Japon

Encyclopædia Universalis
Japon Le territoire et les hommes
SITES GOUVERNEMENTAUX
Site du Gouvernement Japonais
Site de la Chambre Des Représentants du Japon
The World Factbook
Site du Ministère Français de la Justice
ARTICLES DE JOURNAUX
Le Monde : Yoshihide Suga est élu premier ministre du Japon
Le Point : Japon : peine de mort pour un tueur en série qui repérait ses proies sur Twitter
The Japan Times: New political party set to become Japan’s largest opposition force
Courrier International: The Japan Times
La Croix : Le religieux dans la vie au Japon
BBC Tokyo 2020: Why some people want the rising sun flag banned
The Japan Times: Japanese opposition parties demand budget revisions